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Gérontechnologies, l’autonomie high-tech

Aménagement senior / Technologies

Les innovations se bousculent pour maintenir les personnes âgées à domicile dans des conditions de confort et de sécurité optimales.

Avec l’allongement de l’espérance de vie, les besoins liés à l’avancée dans l’âge deviennent un véritable enjeu pour l’avenir. Domotique, objets connectés, e-santé et robotique, les innovations se succèdent sur le marché des gérontechnologies pour accompagner la perte d’autonomie et assurer le maintien à domicile dans les meilleures conditions. Et ces nouveaux “objets” séduisent même les jeunes seniors.

 

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Autonomie, la naissance d’une filière

Si la majorité des personnes âgées vieillissent dans de bonnes conditions, la dépendance touche déjà 1,2 million de personnes en France, selon le ministère des Affaires sociales, de la Santé et des Droits des femmes. En 2040, 1,4 million de personnes âgées auront perdu leur autonomie. Des seniors pour lesquels des gestes simples tels que préparer à manger, se vêtir, monter les escaliers, prendre ses médicaments ou appeler ses enfants, se compliquent avec l’âge. Anticiper cette transition démographique représente donc un défi nouveau pour la société.

Au cœur des technologies de l’autonomie, c’est bien le maintien de l’indépendance des seniors qui est visé. 90 % des personnes âgées souhaitent en effet rester chez elles et adapter leur logement plutôt qu’intégrer une maison de retraite. Les gérontechnologies sont destinées à créer des environnements technologiques au service de la santé, de la mobilité, de la communication et des loisirs, et apportent des solutions innovantes à travers des nombreux domaines : domotique, robotique, objets connectés ou e-santé. “Les technologies de l’autonomie ont commencé à apparaître en 2005, mais le secteur devient mature depuis 2010. Il se professionnalise en mettant l’accent sur une ergonomie spécifique à ces personnes qui voient et entendent mal, ou ont des difficultés à appréhender les objets”, note Michaël Carré, directeur associé de Medialis.

 

Domotique et sécurité à domicile

Longtemps resté un marché de niche, la domotique se démocratise. Des solutions autour de l’automatisation des tâches au domicile, avec le pilotage à distance des volets, des portes ou de l’éclairage, ainsi que des cuisines spécifiques avec plan de travail réglable, des salles de bains sécurisées ou des placards motorisés. Les monte-escaliers (dès 3 000 euros) et ascenseurs privatifs (dès 14 000 euros) sont de plus en plus prisés, y compris par les personnes valides. Il y a une prise de conscience du besoin de confort lié à l’avancée dans l’âge. Beaucoup de jeunes seniors l’anticipent et choisissent de s’équiper alors qu’ils sont encore actifs.

Le maintien de l’indépendance au quotidien est l’enjeu central des technologies de l’autonomie.

En cas de chute ou de malaise, les dispositifs de téléassistance permettent de déclencher l’alerte grâce à un médaillon ou un bracelet. Problème de ce type de dispositif, la stigmatisation par les seniors. Là encore, les entreprises innovent. “Il y a toujours un risque que la personne ne porte pas sa télécommande d’alerte. Pour parer cela, nous travaillons sur le design. Lorsqu’il est proposé sous forme de montre par exemple, le dispositif est beaucoup plus apprécié”, selon Olivier Vallée, directeur des marchés de l’assistance à l’autonomie France chez Legrand. De son côté, la start-up Bazile Telecom a mené une petite révolution à l’aide d’un téléphone portable doté d’un seul bouton pour appeler, décrocher et alerter le service d’urgence. “Le maintien à domicile implique de faire sortir fréquemment les seniors de chez eux. La téléassistance, qui restait jusque-là limitée à l’enceinte domestique, est devenue mobile”, observe Michael Carré.

Autre enjeu de taille, la prévention des accidents domestiques. “La première cause de décès au domicile, mais aussi d’hospitalisation, est la chute, rappelle Olivier Vallée. Il y a 450 000 chutes par an chez les plus de 65 ans, qui aboutissent souvent au départ du domicile pour une institution.” Pour les éviter, il est par exemple possible d’équiper le domicile d’un parcours lumineux. Des balises éclairantes qui se déclenchent au lever de la personne pour lui permettre de détecter les obstacles et d’avoir une vision en 3D, et donc un meilleur équilibre. “Ce dispositif permet de diminuer les chutes de 40 %”, note-t-il.

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Ergonomie de la communication, plus jamais seul

Bénéficiant des technologies digitales et des avancées développées pour le handicap, nombre de solutions sont développées pour maintenir le lien social des seniors et éviter leur isolement. “Le marché des personnes âgées est néanmoins plus complexe, car elles sont d’abord autonomes avant d’éventuellement devenir handicapées. Il faut donc développer des solutions évolutives qui accompagnent la perte d’autonomie”, selon Pierre Bouchard, ingénieur chez Starnav.

Les maîtres mots : ergonomie et simplicité. Avec ses grosses touches et son interface simple, le mobile suédois Doro a séduit 5 millions d’utilisateurs dans le monde. Ordissimo, leader européen de l’informatique pour les seniors, a développé des ordinateurs simplifiés au maximum à l’aide de raccourcis.

“Les personnes âgées passent beaucoup de temps sur leur ordinateur dès lors qu’il est adapté”, selon Michaël Carré.

Ce sont surtout les tablettes qui ont le vent en poupe. Très prisées pour les applications de visioconférence, pour se divertir avec des jeux de stimulation cognitive ou centraliser certaines fonctions de l’habitat, elles peuvent aussi devenir des outils d’assistance, capables d’exprimer différents besoins, comme la faim ou le désir d’être repositionné de manière plus confortable. Legrand expérimente sur ce support un écran tactile insensible aux tremblements. Starnav a également développé le logiciel Pictocom qui s’adapte progressivement à la perte d’autonomie de la personne, tout en restant personnalisable. “La grande plus-value de notre solution est le head pilot, développé en collaboration avec le CHU de Caen, qui permet de contrôler la tablette par de simples mouvements de tête. Le curseur suit le bout du nez et clique lorsque le visage reste fixe”, explique Pierre Bouchard.

 

GPS et capteurs physiologiques, la surveillance numérique

Développés dans le cadre de services de santé numérique, les capteurs sont de véritables mouchards physiologiques. Ils sont capables de détecter les variations de température et de pression artérielle, source d’AVC ou d’infarctus, et déterminent jusqu’à l’actimétrie, c’est-à-dire l’activité physique nécessaire au maintien corporel. “Chez les plus âgés, les maladies chroniques explosent. Elles nécessitent un suivi permanent des malades et de leurs paramètres vitaux”, argumente Isabelle Lauret, responsable marketing et business development chez BodyCap, une start-up normande.

La société Withings a de son côté développé un tensiomètre sous forme de bracelet, connecté au smartphone et capable de transmettre l’information au médecin. Disponible en pharmacie, il est accessible à partir de 129 euros. Destinées au monde médical, les gélules BodyCap, récemment développées, mesurent quant à elles la température gastro-intestinale du patient pour la transmettre à distance sur moniteur ou tablette. Un confort pour les seniors. “Ce dispositif remplace les sondes pendant l’opération et jusqu’à quelques jours après”, selon Isabelle Lauret.

Et pour parer aux symptômes de la maladie d’Alzheimer, qui touche plus de 850 000 personnes en France aujourd’hui, chiffre qui pourrait atteindre 1,2 million en 2020, des dispositifs géotraçables ont également été mis au point. Le bracelet Blulinea permet ainsi de signaler une personne qui sort d’un périmètre défini, tandis que la PME Géotonome a mis au point une ceinture dotée d’un GPS dissimulé. Discret, ce système répond au problème d’autonomie de ces systèmes grâce à la batterie lissée sur la longueur de la ceinture, tout en restant discret. Aux États-Unis, la société GTX a choisi d’intégrer le GPS dans des chaussures.

 

Assistance de pointe, les robots de compagnie

À la pointe de l’innovation pour les personnes âgées, la robotique d’assistance reste encore très peu disponible sur le marché. Quelques années seront encore nécessaires pour que ces compagnons artificiels envahissent les maisons des seniors. Ludiques et technos, les robots de service attisent la curiosité. Face au manque d’aidants professionnels, ces innovations apparaissent comme une solution d’avenir.

À l’instar du robot humanoïde Nao, créé en 2006 par la société française Aldebran Robotics, propose ses services d’assistance physique et cognitive. “Compagnon dans le quotidien, Nao permet de vérifier que tout va bien, que les médicaments ont été pris, et de détecter les mouvements anormaux. Il vérifie aussi que la personne reste bien en contact avec son entourage et propose de passer un appel au médecin en cas de problème”. Il enregistre également les mouvements pratiqués par le kinésithérapeute pour ensuite les faire reproduire aux seniors. Accessible à partir de 5 000 euros, il mesure 58 centimètres. Encore à l’état de recherche, son grand frère, Romeo, développe plus spécifiquement l’axe de l’assistance. Doté d’une taille humaine de 1,60 mètre, il permet d’être un support à la locomotion en offrant son bras et peut aider une personne âgée à se relever en se positionnant sur quatre pattes.

Certes il existe des problèmes éthiques à prendre en considération. Mais la personne qui sourit en s’adressant à son robot sourirait-elle, enfermée dans sa solitude, heure après heure, jour après jour ?

 

 

D’après un article du NouvelEconomiste, de laurène Rimondi

 

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